Que veux-tu répondre à un enfant qui te pose cette question ? La vérité est : « Oui » on peut mourir de faim et c’est arrivé dans mon pays.

Je viens de terminer la lecture d’un livre sur la grande famine du Mont-Liban, une période par laquelle est passé mon pays d’origine et qui n’est pas mise en avant sur la scène internationale, ou pas assez détaillée dans nos livres d’histoire. Quand on me parle de la première guerre mondiale, je pense en premier à l’Europe et aux millions de morts, je pense à l’Allemagne, à la France, mais jamais mon pays ne me vient à l’esprit et ce que son peuple a subi pendant cette période.

La couverture du livre sur l'histoire de la grande famine au liban

Difficile de décrire comment je me sens en ce moment, l’état dans lequel cette lecture m’a mise : chamboulé, frustré, triste, malheureux, prise de conscience, honteux, …

Je me suis même demandé si ma mémoire a occulté sciemment une bonne partie de mon cours d’histoire de l’école, ou je niaisais tellement à l’époque que je ne m’en rappelle même plus ?

Comment se fait-il qu’une partie si importante de l’histoire de mon pays, de MON histoire, n’est pas ancrée dans ma mémoire ?

J’ai quelques souvenirs sur l’occupation de mon pays par l’empire Ottoman pendant plus de 400 ans, des bribes d’informations sur une famine liée à une invasion de criquets il y a de ça plus de 100 ans mais rien de si important à l’époque pour toucher ma conscience comme c’est le cas aujourd’hui.

Mais pourquoi ça me remue autant alors ? Pourquoi ?

La famine avait pour cause le blocus terrestre de l’empire Ottoman, le blocus maritime des alliés, la sévérité des allemands, l’invasion des criquets mais surtout, l’attitude de certains libanais profiteurs. Et c’est ça qui m’a choqué le plus. Cet abus de pouvoir, ceux qui ont profité de la misère des autres au point de troquer leur maison contre 1 kilo de blé !!

C’est une prise de conscience, celle de la cruauté humaine peu importe les périodes, peu importe les races. En lisant ce livre, j’ai vécu dans ma tête deux périodes en même temps. Celle de la famine 15-18 en pensant à mes grands parents, mes arrières grands parents, rescapés de ces années de misère (suis-je fils de rescapés alors ?) et mes propres souvenirs de la guerre civile 75-90 dont j’étais témoin et acteur. On ne mangeait pas à notre faim mais on se débrouillait

C’est une prise de conscience, celle de notre histoire, nos origines, l’impact sur notre identité et qui nous sommes aujourd’hui. Une compréhension de cet héritage culturel et générationnel que nous portons dans nos gènes, malgré nous, et que nous transmettrons aux générations futures, malgré nous.

C’est une prise de conscience, celle de la découverte de mon pays sous un autre angle, un pays qui était connu comme producteur et exportateur de soie, un pays avec une histoire étroitement liée à celle des pays voisins. Que l’origine du nom de la « Place des Martyrs » était pour honorer la mémoire de ceux qui sont morts pour notre « survie » et qui sont devenus un rappel d’un symbole d’union pour les générations futures. Qu’est devenue cette place aujourd’hui ? Qu’a-t-on fait de ce symbole d’unité ?

Le lien que nous avions avec la France depuis des siècles, qu’on appelle la « mère du Liban » et certains mots de mon vocabulaire, héritage de plusieurs siècles d’occupation Ottoman et qui aujourd’hui fait partie de mon langage acquis.

Une prise de conscience d’une identité que je porte en moi, qui fait partie de moi

Et il y a encore une chose qui me rends plus triste encore. C’est le fait de réaliser que nous n’avons jamais été vraiment un pays libre. Nous avons toujours été un pion sur l’échiquier des grandes puissances que nous-même avons laissé faire. L’histoire se répète aujourd’hui. On dirait que nous avons la soumission dans nos gènes. Le manque de confiance en nous ? Notre peur à définir notre destin et le prendre en main ?

Il y a toujours un espoir, une lumière quelque part pour raviver une flamme éteinte en chacun d’entre nous, celle des valeurs humaines. Et c’est ce que livre a ravivé en moi malgré les horreurs que j’ai pu lire.

Connaître votre histoire, votre héritage, vous aide à mieux comprendre qui vous êtes et vous laisse des outils importants pour sculpter votre identité, celle que VOUS voulez bâtir, celle que VOUS voulez transmettre

Habib ABI KHALIL – Conseiller – Coach – Entrepreneur. Je travaille avec l’humain, pour développer les entreprises de demain.

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Catégories : EmotionsHistoire

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